Nous traversons le cours Mirabeau presque chaque jour. Pour rejoindre un logement, pour accompagner un propriétaire, pour le simple plaisir de passer sous les platanes. Et pourtant, il nous réserve encore des détails qu’on n’avait pas vus la veille : un bas-relief sur une façade, le reflet d’un hôtel particulier dans une fontaine moussue, la lumière de fin d’après-midi sur les pierres calcaires.
Le cours est l’axe structurant d’Aix-en-Provence. Pas seulement au sens géographique : il concentre l’histoire de la ville, ses tensions sociales, ses rituels quotidiens. Voici ce que nous en savons, après cinq ans à le fréquenter.
Pour organiser votre visite, consultez notre guide de ce que faire à Aix-en-Provence ou notre itinéraire en une journée.
Histoire du cours Mirabeau
Le cours Mirabeau a été tracé en 1649, sous l’impulsion du gouverneur du Roy de La Pioche. Il s’étend sur 440 mètres, de la place de la Rotonde à l’ouest jusqu’à la fontaine du roi René à l’est, et mesure environ 42 mètres de large. Quatre rangées de platanes le bordent depuis le XVIIIe siècle, formant en été une voûte végétale qui filtre la lumière et tempère la chaleur provençale.
L’avenue a été percée sur l’emplacement des anciens remparts médiévaux de la ville, qui furent rasés pour permettre son aménagement. Elle répond à une logique d’urbanisme délibérée : séparer deux Aix qui coexistaient sans se confondre.
Au nord du cours, la ville commerçante : les marchands, les artisans, les échoppes. Au sud, le quartier Mazarin, planifié à la même époque sous l’autorité de l’archevêque Michel Mazarin (frère du cardinal), réservé à la noblesse parlementaire et aux familles aisées. La rue est longée, côté pair, par une enfilade d’hôtels particuliers qui témoignent encore aujourd’hui de cette hiérarchie spatiale.
Le nom « Mirabeau » est venu plus tard. Il rend hommage à Honoré-Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, né à Bignon-Mirabeau en 1749 mais étroitement lié à Aix, où il fut élu aux États généraux de 1789. L’avenue s’appelait d’abord simplement « le cours ».
Pendant deux siècles, le cours a été le lieu de promenade de la bourgeoisie aixoise. On s’y montrait, on y négociait, on y discutait politique sous les platanes. Cézanne et Zola, amis d’enfance, le fréquentaient assidûment. Ce rôle de salon extérieur n’a pas disparu : il a simplement évolué.
Les fontaines
Quatre fontaines ponctuent le cours Mirabeau. Elles ne sont pas ornementales au sens strict : elles ont longtemps joué un rôle fonctionnel pour l’approvisionnement en eau de la ville, avant de devenir les repères visuels que l’on connaît aujourd’hui.
La fontaine de la Rotonde marque l’entrée ouest du cours. C’est la plus imposante : construite en 1860, elle culmine à 12 mètres de hauteur. Trois groupes de statues la couronnent, représentant la Justice, l’Agriculture et les Beaux-Arts, en référence aux fonctions historiques d’Aix (ville de parlement, capitale agricole, foyer culturel). Le bassin circulaire fait office de rond-point. En soirée, lorsqu’elle est éclairée, elle sert de repère pour quiconque arrive à pied depuis la gare ou les parkings du Palais de Justice.
La fontaine moussue est celle qui nous arrête le plus souvent. Située au milieu du cours, elle est alimentée par une source thermale naturelle dont la température oscille autour de 18 °C toute l’année. Cette chaleur constante favorise la croissance d’une mousse dense et verte qui recouvre entièrement la vasque et le fût, lui donnant cet aspect organique reconnaissable. Elle date du XVIIe siècle et a été restaurée à plusieurs reprises. Par temps froid, un léger nuage de vapeur s’en échappe.
La fontaine des Neuf-Canons, également au centre du cours, est l’une des plus anciennes. Construite en 1691, elle tire son nom des neuf canons qui permettaient autrefois l’alimentation en eau. Sa vasque de pierre calcaire a pris avec le temps une patine dorée.
La fontaine du roi René marque l’extrémité est du cours. Érigée en 1822, elle représente René Ier d’Anjou, comte de Provence, tenant une grappe de raisin muscat. La tradition veut qu’il ait introduit ce cépage dans la région. La statue est l’oeuvre du sculpteur David d’Angers. C’est devant cette fontaine que le cours se referme.
Les hôtels particuliers
Le côté sud du cours, côté pair, est la façade historique de la noblesse parlementaire aixoise. Entre la fin du XVIIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle, les grandes familles ont fait construire ici leurs demeures urbaines, rivalisant d’élégance architecturale dans un style classique sobre, très différent du baroque romain contemporain.
L’hôtel de Villars (n° 2) est l’un des plus représentatifs : façade ordonnancée, balcon en fer forgé, portail monumental. Il a appartenu au duc de Villars, maréchal de France, dont le nom reste associé à la victoire de Denain en 1712.
L’hôtel Maurel de Pontevès (n° 38), parfois appelé hôtel d’Espagnet, est considéré comme l’un des plus beaux exemples de l’architecture civile du XVIIe siècle à Aix. Sa façade présente des atlantes sculptés qui encadrent le portail d’entrée — des figures masculines en pierre calcaire qui supportent le balcon. Le contraste entre la rigueur de l’ensemble et l’expressivité de ces sculptures mérite qu’on s’arrête.
Ces hôtels sont pour la plupart privés ou transformés en bureaux, banques et institutionnels. On ne les visite pas, mais leur présence change la nature de la promenade. Côté nord, les rez-de-chaussée ont toujours accueilli le commerce : les boutiques ont succédé aux échoppes, les cafés aux auberges. La géographie sociale du XVIIe siècle est encore lisible dans le bâti.
Les meilleures terrasses
Le cours Mirabeau compte une dizaine de terrasses actives selon les saisons. Toutes ne se valent pas, et la fréquentation touristique peut rendre certaines d’entre elles impersonnelles en été.
Les Deux Garçons (n° 53) est l’institution. Fondé en 1792, ce café a accueilli Cézanne, Zola, et d’innombrables artistes, intellectuels et politiques depuis deux siècles. L’intérieur, classé, a conservé ses miroirs, ses banquettes et ses boiseries d’époque. La terrasse sous les platanes est la plus représentative de l’esprit du cours. Les prix reflètent l’adresse. On y vient pour le plaisir de l’endroit autant que pour la consommation.
Notre terrasse préférée pour un café matinal est plus discrète : Grains de Sable, à l’entrée du passage Agard, côté nord. La terrasse est petite, le service attentionné, l’affluence touristique nettement moindre. C’est là qu’on s’installe quand on a un dossier à relire ou un rendez-vous informel à tenir.
Pour un déjeuner assis sur le cours, Le Grillon (n° 49) propose une cuisine provençale solide sans effets. La terrasse bénéficie de l’ombre des platanes dès la mi-journée. Le formule du midi est cohérente avec la qualité servie.
Les amateurs de café de spécialité trouveront leur compte chez Mademoiselle Eléonore, à deux minutes à pied en remontant vers la rue d’Italie. Hors du cours, donc hors de l’agitation de pointe, avec un niveau de soin sur les préparations qu’on ne trouve pas toujours en terrasse de boulevard.
En soirée, le cours change de nature. Les terrasses se remplissent, la promenade devient plus lente, plus habitée. C’est le moment de traverser vers le quartier Mazarin, dont les rues perpendiculaires (rue du 4 septembre, rue Cardinale) offrent des alternatives moins exposées pour l’apéritif.
Pour nos recommandations de restaurants à Aix, consultez notre sélection des meilleures tables.
Librairies et boutiques
Le cours Mirabeau et ses abords immédiats ont conservé quelques commerces qui résistent à la standardisation des centres-villes.
La Librairie de Provence (n° 31) est l’adresse qu’on cite en premier. Fondée en 1949, c’est l’une des plus anciennes librairies indépendantes de la région. Le fonds régional est remarquable : histoire provençale, géographie, éditions locales, mais aussi un rayon littérature générale sérieusement composé. L’équipe conseille. On peut y passer une heure sans difficulté.
Pour les calissons, la spécialité sucrée d’Aix à la pâte d’amandes et au melon confit, les adresses sérieuses sont Léonard Parli (rue d’Italie, à 200 mètres du cours) et Roy René (dont le point de vente le plus central se trouve place de la Mairie). La fabrication artisanale se distingue nettement des versions industrielles vendues en supermarché, notamment dans la texture de la pâte et l’équilibre entre le sucre et l’amande.
Côté galeries d’art, la rue Gaston de Saporta et la rue du 4 septembre, toutes deux perpendiculaires au cours, concentrent plusieurs espaces d’exposition permanents. Le tissu culturel aixois est dense, et les galeries privées s’y renouvellent régulièrement.
Les boutiques de mode haut de gamme ont progressivement investi le côté pair du cours et ses rues adjacentes, mais c’est le cours lui-même, dans sa cohérence architecturale, qui reste le vrai « produit » de la promenade.
Questions fréquentes
Quelle est la longueur du cours Mirabeau ?
Le cours Mirabeau mesure 440 mètres de long, de la place de la Rotonde à la fontaine du roi René. Il est large d’environ 42 mètres, avec une chaussée centrale et des trottoirs de part et d’autre ombragés par quatre rangées de platanes. La promenade d’un bout à l’autre s’effectue en moins de dix minutes à pas tranquille.
Pourquoi les platanes du cours Mirabeau sont-ils si imposants ?
Les platanes du cours ont été plantés au XVIIIe siècle pour la plupart, soit entre 200 et 250 ans d’âge pour les plus anciens. La ville d’Aix-en-Provence assure un entretien régulier, mais le calibre actuel est principalement le résultat de décennies de croissance naturelle. En été, leur feuillage forme une voûte presque continue sur toute la longueur du cours, abaissant sensiblement la température perçue.
À quelle heure visiter le cours Mirabeau ?
Tôt le matin (avant 9h), le cours appartient encore aux riverains. C’est le meilleur moment pour en apprécier l’architecture sans la pression des flux touristiques. En fin d’après-midi (18h-20h), le cours retrouve son rôle de promenade sociale : l’ambiance est agréable, la lumière est belle. Aux heures de pointe estivales (11h-15h), la fréquentation peut rendre la terrasse des Deux Garçons difficile d’accès.
Le cours Mirabeau est-il piéton ?
Non. La chaussée centrale reste ouverte à la circulation automobile, dans le sens est-ouest uniquement. En revanche, les trottoirs sont larges et les terrasses de cafés occupent une partie de l’espace public des deux côtés. En soirée et lors des événements culturels, certaines sections peuvent être temporairement fermées à la circulation.
Où se garer pour visiter le cours Mirabeau ?
Le parking souterrain du Palais de Justice, à l’ouest du cours, est l’option la plus pratique. Le parking de la Rotonde (place Général de Gaulle) est également accessible à pied en moins de deux minutes. En été, il est recommandé d’utiliser les parcs-relais en périphérie et de rejoindre le centre en navette ou à pied.
Quels logements Le Mazarin propose-t-il à proximité du cours Mirabeau ?
Le Mazarin gère plusieurs logements dans le centre historique d’Aix-en-Provence, à quelques minutes à pied du cours. Retrouvez l’ensemble de nos biens sur notre page logements. Pour les bonnes adresses alentour, notre guide de recommandations recense nos adresses de riverains dans le quartier Mazarin et au-delà.
Élodie, Le Mazarin · Aix depuis 2021